N'en déplaise à qui cela déplaira, il existe des points communs troublants entre les deux hommes et l'aventure politique qu'ils proposent chacun au peuple français et qui conduirait droit... dans une même impasse.
Démonstration en quatre temps :
1/ Ils ont une ambition strictement personnelle
Comme Le Pen a incarné le Front National, Bayrou incarne le MoDem. Comme Le Pen, Bayrou a créé une formation dont il est le seul maître absolu et qui lui est entièrement soumise. Comme Le Pen, Bayrou est le seul à l'incarner médiatiquement. Surtout, pas d'ombre. Le Pen avait Gollnisch, Bayrou a Sarnez. Seuls sont autorisés à paraître les fidèles d'entre les fidèles. Les autres n'existent pas. Tout est subordonné au destin du chef. Bayrou a beau avoir écrit un livre quasiment du niveau du "Coup d'Etat permanent", il néglige de faire ce que Mitterrand inventa en son temps: repérer les talents et les agréger à sa personne, ce que l'ancien président pratiqua avec succès dans ses années d'opposition, à la CIR, à la FGDS et au PS renaissant. Bayrou a peur du talent des autres, comme Le Pen, et c'est un handicap.
2/ Ils ont un objectif exclusivement présidentiel
Comme Le Pen, une seule élection intéresse Bayrou, la présidentielle. Le Pen était rejeté sur les bordures de l'extrême droite, Bayrou est rejetté sur les bordures du centre, dans un "no political's land", entre PS et MoDem. Les élections municipales de 2008 ont démontré que cet espace était plus que réduit pour qui veut s'y installer. Comme Le Pen, Bayrou fait donc l'impasse sur toutes les élections locales à scrutin majoritaire et renonce à construire un vrai parti enraciné électoralement. Comme Le Pen, il compte se servir des élections à scrutin proportionnel (Européennes, Régionales) pour entretenir l'illusion d'une puissance électorale en vue de la présidentielle 2012. Tout bien considéré, Bayrou veut reproduire le schéma Le Pen 2002: profiter d'un accident électoral socialiste de l'Histoire et se hisser au second tour de l'élection présidentielle. A une différence près: si cela devait advenir et si le rejet de l'actuel président se confirmait, Bayrou pense battre le sortant dans un duel qui serait la revanche du Pompidou-Poher de 1969.
3/ Ils dissimulent une même stratégie du chaos
Comme Le Pen, Bayrou n'a politiquement rien à proposer. Pas de troupes, pas d'élus, pas d'alliés. Et sur l'ensemble des questions touchant à une éventuelle alternance, c'est le silence qui dissimule le vide. Que veut-il faire avec le PS? Silence. Quelle majorité parlementaire veut-il construire? Silence. Avec qui veut-il gouverner? Silence. Pour l'instant, ces questions ne sont pas posées, mais elles finiront bien par l'être. Et Bayrou pourrait alors être démasqué. Comme Le Pen n'avait que Le Pen à offrir, Bayrou ne peut offrir que Bayrou. Tôt ou tard, cela va bien finir par se voir.
4/ Ils adoptent une même tactique complotiste
Pour ne pas répondre aux questions qui soulignent sa faiblesse stratégique, c'est à dire son isolement, Bayrou a repris la même tactique que Le Pen: "Tout ça, c'est la faute aux medias". Tout ça, c'est la faute à la télé qui le musèle, l'asphyxie, l'étrangle. Une question sur les rapports avec le PS? On répond que le questionneur est aux ordres de l'UMP et du PS. Une question sur l'absence d'alliés? On répond que l'interlocuteur est à la solde de l'UMP et du PS. Une question sur la construction d'un gouvernement Bayrou? On répond que ce sont des jeux politiciens qui n'intéressent que les journalistes aux ordres et à la solde de l'UMP et du PS. Aboyer, aboyer encore, exploiter la détestation de l'opinion pour "lémédias", voilà la jolie manipulation qui permet de camoufler le vide que propose Bayrou aux Français. Là encore, cela durera ce que ça durera.
Reste la conclusion en forme de question: parce qu'il est au centre et pas à l'extrême droite, Bayrou fera-t-il mieux que Le Pen?
A vous de juger.





Notre question du jour étant un peu provocatice, dissipons le malentendu qu'elle pourrait engendrer. Tout oppose philosophiquement, politiquement, éthiquement et humainement François Bayrou et Jean-Marie Le Pen; par conséquent, le débat du jour ne porte pas sur une question qui, par nature, ne se pose pas.
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