08 juin 2009
Echec cinglant pour François Bayrou
La campagne des européennes a été courte ; pour François Bayrou, elle a duré trop longtemps. Le président du Modem, qui rêvait que son parti dépasse les 14 % et ne soit qu'à quelques encablures du PS, a dû se contenter hier, selon des estimations TNS Sofres, d'un 8,5 % désastreux pour lui après ses revers aux législatives et aux municipales.
C'est un peu moins que ce qu'avait obtenu la vieille UDF en 2004 (11,96 %). C'est deux fois moins que les socialistes, pourtant mal en point. Et c'est beaucoup moins que les listes Europe Ecologie, qui ont ravi aux centristes la troisième place au niveau national, comme dans la plupart des circonscriptions. Au total, le Modem n'aurait obtenu que 6 sièges à Strasbourg.
Ce résultat le plus mauvais jamais enregistré aux européennes par les centristes lorsqu'ils faisaient la course seuls porte un coup très rude au troisième homme de la dernière présidentielle, dont toute la stratégie consiste à apparaître comme la meilleure alternative à Nicolas Sarkozy en 2012. Pendant la campagne, François Bayrou a fait plusieurs erreurs sanctionnées par les électeurs. La première a été de se focaliser jusqu'au bout sur l'anti-sarkozysme, se laissant enfermer dans la posture de " celui qui dit non " comme il se définit lui-même quand les écologistes faisaient miroiter leur " rêve européen ". La seconde est beaucoup plus grave pour lui. En accusant Daniel Cohn-Bendit de complaisance avec la pédophilie une allusion à des écrits datant de 1975 et qui avait déjà fait polémique en 2001 , François Bayrou n'a pas seulement fait perdre des points à son parti. Il a pris le risque d'écorner durablement son image.
Même si l'ancien leader de Mai 68 l'avait qualifié de " minable ", le député des Pyrénées-Atlantiques a donné le sentiment de perdre ses nerfs et a " tapé sous la ceinture " un homme qui est, comme lui, un européen convaincu. De quoi affaiblir son discours sur ses propres " valeurs humanistes " (opposées à celles de Nicolas Sarkozy) et sa promesse de se comporter, s'il était élu à l'Elysée, en " président qui rassure ". Conscient du danger, François Bayrou a tenté vendredi de colmater la brèche, mettant sa réaction sur le compte de l'affect, de ses " tripes " lorsqu'il s'agit d'enfants, et assurant qu'il venait de découvrir le livre de Daniel Cohn-Bendit. Il n'a pas convaincu.
Au sein du Modem, la colère gronde. François Bayrou " n'aurait pas dû répondre " à Daniel Cohn-Bendit, a lâché Jean-François Kahn avant le vote. " Ce n'est pas ma manière de faire de la politique ", a renchéri hier soir Corinne Lepage, sans exclure totalement de quitter un jour le parti. " Si le Modem veut avoir un avenir, il faut qu'il joue collectif ", a-t-elle épinglé, visant notamment Marielle de Sarnez. Sur le site du parti, un internaute a écrit : " Je me mets à douter de l'ambition de ce parti. " Dans une brève allocution, François Bayrou, l'air sonné, a promis de " tirer les leçons " de cet échec, dont il a pris sa " part de responsabilité ". Le centriste pourra toujours tenter de se raccrocher à ses propres écrits. " En politique, rien n'est jamais fini ", avait-il assuré dans un livre avant les européennes de 1999.
source : lesechos.fr
14:47 Publié dans Européennes 2009 | Commentaires (0) | Tags : françois bayrou, modem, européennes, résultats, échec, marielle de sarnez |





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